Anticiper la repousse des cheveux après un cancer du sein
Nos conseils et astuces
Perdre ses cheveux pendant un cancer du sein, ce n’est pas « juste » un effet secondaire : pour beaucoup de femmes, c’est comme perdre un morceau de féminité, de confiance et parfois même un fragment de ce qui les reliait à l’idée de maternité. Dans nos imaginaires, les cheveux racontent souvent la femme qu’on est : longueurs qu’on caresse en pensant à la séduction, chignon vite fait pour s’occuper des enfants, queue de cheval avant d’aller travailler. Quand ils tombent, ce n’est pas seulement l’image qui change, c’est tout un équilibre intérieur qui vacille.
Dans le cadre d’un cancer du sein, ce sont surtout certaines chimiothérapies et traitements associés qui entraînent une perte de cheveux ou une chute importante, alors que la radiothérapie mammaire, locale, n’entraîne pas de perte de cheveux sur le cuir chevelu. Derrière la chute, il y a pourtant une autre histoire à raconter : celle de la repousse des cheveux après un cancer du sein, lente, parfois déroutante – cheveux plus courts, plus bouclés, d’une autre couleur – mais aussi porteuse de reconstruction, de réappropriation du corps et de la féminité.
Anticiper cette repousse des cheveux après la chimiothérapie, ce n’est pas céder à l’injonction de « tourner la page » dès que les cheveux reviennent. C’est se donner le droit de comprendre ce qui se joue dans le cuir chevelu, dans le corps et dans la tête, de poser ses propres limites, de choisir son rythme, ses outils, ses rituels. Dans cet article, nous vous proposons des repères concrets, loin des fausses promesses et des discours culpabilisants, pour traverser cette étape avec le plus de douceur possible et se réapproprier son pouvoir d’agir, à la manière des Amazones Re‑Belles.
1. Avant la chute : en parler tôt, pour mieux vivre la repousse
Lorsque le diagnostic tombe, on parle très vite de protocole, de chirurgie, de chimio, parfois d’hormonothérapie, mais pas toujours de ce que cela va changer au quotidien devant la glace. Or, tous les traitements n’ont pas le même impact : certaines chimiothérapies entraînent une alopécie quasi totale, d’autres une chute partielle, tandis que les thérapies ciblées ou l’hormonothérapie peuvent surtout modifier la densité ou la texture des cheveux.
Poser des questions précises à l’oncologue dès le départ sur la perte de cheveux liée aux traitements permet déjà de préparer l’après, pas seulement de redouter la chute :
- Quel est le risque de perte de cheveux ?
- chute totale ou partielle ?
- À partir de quand ?
Préparer la suite, c’est aussi apprivoiser l’idée d’un changement de look, étape par étape : essayer des turbans, foulards, franges, perruques, ou décider de se raser la tête avant que les cheveux ne tombent par poignées, pour reprendre la main sur le timing. Certaines trouvent du réconfort dans l’accompagnement d’une socio‑coiffeuse, qui suit le parcours de la mise à nu jusqu’à la repousse des cheveux, propose des coupes de transition et explique comment la chevelure va évoluer. D’autres choisissent de garder leurs cheveux le plus longtemps possible, ou de ne rien porter du tout : aucune option n’est plus courageuse qu’une autre, ce qui compte, c’est que ce soit la vôtre.
2. Quand les cheveux recommencent à pousser : le calendrier réel
La question revient souvent : « Au bout de combien de temps mes cheveux vont‑ils repousser ? »
Dans la majorité des cas, la repousse des cheveux après la chimio débute entre 4 et 8 semaines après la dernière cure de chimiothérapie, le temps que l’organisme élimine les médicaments les plus agressifs et que les follicules capillaires se remettent en marche. Les cheveux réapparaissent d’abord sous forme de duvet très court, puis gagnent progressivement en longueur, à raison d’environ 1 à 1,5 cm par mois pour la plupart des personnes.
Ce calendrier reste une moyenne : certaines voient apparaître les premiers millimètres dès un mois, d’autres plutôt au bout de deux ou trois mois, selon le type de chimio, l’état général, l’âge et d’éventuels traitements associés. Cils et sourcils suivent leur propre rythme : il faut en général 4 à 6 semaines pour voir les premiers cils réapparaître, puis plusieurs mois pour retrouver une ligne de sourcils plus dense, avec là aussi des variations d’une personne à l’autre.

Cela peut sembler interminable, surtout quand on porte encore une perruque ou un turban, mais chaque millimètre est un signe de fonctionnement retrouvé du corps, un pas de plus depuis le temps des traitements vers celui de la reconstruction.
3. Cheveux différents, nouvelles habitudes, même femme
Quand les cheveux repoussent après un cancer du sein, ils ne reviennent pas forcément « comme avant » : plus bouclés, plus épais, plus fins, plus secs, parfois d’une autre couleur. Cette transformation surprend souvent, surtout quand la chevelure portait une grande part de la féminité ou de l’identité de mère, de compagne, de femme active. On peut se réjouir de voir les cheveux revenir et, en même temps, ne pas aimer ce qu’on voit : cette ambivalence est normale.
Pour traverser cette phase, les gestes pratiques deviennent des alliés précieux :
- s’autoriser des coupes de transition (très court, pixie, carré) qui accompagnent les étapes plutôt que de les subir ;
- jouer avec les accessoires : foulards, headbands, barrettes, franges amovibles… pour apprivoiser sa nouvelle tête en douceur et choisir quand on montre ou non sa repousse ;
- prendre conseil auprès d’une socio‑coiffeuse ou d’un coiffeur formé aux parcours cancer pour trouver une coupe, une routine et des astuces adaptées à la texture du moment.
Pour les colorations après chimiothérapie, quelques repères simples :
- attendre en général plusieurs mois après la fin des cures, le temps que le cuir chevelu soit moins fragile et que la repousse soit suffisante
- commencer si possible par des options plus douces (colorations ton sur ton, végétales, temporaires), en testant toujours sur une petite zone et en parlant des projets de coloration avec l’équipe soignante
- garder en tête que « retrouver sa couleur d’avant » n’est pas une obligation : certaines choisissent au contraire de garder leurs mèches blanches, leurs boucles, leur court, comme une façon d’assumer le chemin parcouru.
L’essentiel est de retrouver un sentiment de cohérence entre ce que l’on vit à l’intérieur et ce que l’on montre à l’extérieur, à son propre rythme.
Anticiper la repousse des cheveux après un cancer du sein, ce n’est pas chercher une solution magique, c’est remettre un peu de pouvoir d’agir là où beaucoup de choses ont échappé au contrôle. Comprendre le calendrier, connaître les soins possibles, savoir qu’on a le droit d’aimer ou non ses nouveaux cheveux, de les cacher, de les montrer, de les couper, de les colorer ou de les laisser tels quels, fait partie de cette reconquête.
Cheveux courts, bouclés, poivre et sel ou cachés sous un turban : chaque version de toi raconte une histoire différente, mais aucune n’est moins femme que l’autre. Ce qui compte, ce n’est pas de retrouver l’image d’hier, c’est d’apprivoiser celle d’aujourd’hui jusqu’à pouvoir se dire, en se regardant : « C’est encore moi, autrement.»
4. Mettre toutes les chances de son côté : les leviers qui peuvent vraiment aider
Au‑delà du temps et des traitements, certains leviers peuvent soutenir une repousse plus sereine. Ils ne remplacent jamais l’avis médical, mais peuvent s’y ajouter.
Laisser le temps biologique agir
Après la chimiothérapie, la repousse débute en général entre 4 et 8 semaines après la dernière cure : les follicules pileux n’ont pas été détruits, mais mis en sommeil.
La patience n’est pas un renoncement, c’est un facteur médical clé : le corps a besoin de temps pour relancer son cycle capillaire, surtout s’il est encore sous d’autres traitements ou très fatigué.
Le minoxidil topique (uniquement sur indication médicale)
Le médecin référent des Amazones Re‑Belles peut, dans certains cas, préconiser le minoxidil – l’un des rares traitements topiques ayant montré un effet accélérateur de repousse (en solution ou mousse 2 à 5%)
Il peut parfois raccourcir la phase de latence de repousse, mais doit être envisagé uniquement après avis médical, en particulier en cas de cancer hormonodépendant ou de traitements encore en cours.
Vérifier et corriger les carences fréquentes
Une repousse optimale a besoin d’un terrain nourri correctement, notamment en :
- fer
- zinc
- vitamine D
- vitamine B12
- protéines en quantité suffisante
Plutôt que de multiplier les compléments, un bilan sanguin ciblé est préférable avant toute supplémentation, pour ajuster au plus juste avec l’oncologue ou le médecin traitant.
Apaiser l’inflammation et le stress chronique
Le stress prolongé augmente le cortisol, qui peut freiner la phase de croissance du cheveu et favoriser des chutes diffuses secondaires.
Des outils simples peuvent aider à faire baisser la pression :
- respiration guidée ou cohérence cardiaque
- relaxation, méditation
- Techniques d’Optimisation du Potentiel
Toutes ces approches, proposées au sein des Amazones Re‑Belles, contribuent à recréer un environnement neuro‑hormonal plus favorable à la repousse, tout en soutenant le moral. - Masser le cuir chevelu chaque jour
Un massage doux du cuir chevelu, 5 minutes par jour, avec les mains ou une brosse souple :
- améliore la microcirculation locale
- stimule mécaniquement le follicule
- favorise l’ancrage du cheveu
La pression doit rester agréable, sans frotter ni irriter : l’idée est de « réveiller » en douceur, pas de forcer.
Miser sur des soins capillaires non agressifs
Les recommandations dermatologiques vont dans le sens de la douceur :
- shampoings doux, pH neutre, sans sulfates agressifs
- éviter lissages, défrisages, décolorations, chaleur excessive (plaques, brushing très chaud) pendant au moins 3 à 6 mois
- limiter les coiffures qui tirent fort sur les racines
L’objectif n’est pas de faire pousser plus vite, mais de ne pas freiner ce que le corps essaie de remettre en place
Le casque réfrigérant, en prévention quand c’est possible
Si la chimiothérapie n’a pas encore commencé, le casque réfrigérant peut être discuté. Il est proposé dans certains centres pour limiter la chute, en refroidissant le cuir chevelu pendant les perfusions afin de réduire l’afflux de produit de chimio vers les bulbes capillaires. Cette option ne fonctionne pas pour tout le monde, n’est pas compatible avec tous les protocoles et peut être inconfortable, mais savoir qu’elle existe permet de discuter, de choisir… ou de décider de ne pas l’utiliser, en conscience.
Un suivi dermatologique spécialisé
Un·e dermatologue formé·e à l’oncologie peut :
- repérer une alopécie persistante ou atypique
- proposer des traitements ciblés si besoin
- éviter des errances, des achats de produits inutiles ou des inquiétudes prolongées
Un avis spécialisé est particulièrement utile si la repousse reste très limitée au‑delà de plusieurs mois, ou si la chute reprend alors que les cheveux avaient bien redémarré.
Prudence avec les compléments « miracles »
À ce jour, aucun complément alimentaire ni plante n’a démontré une efficacité supérieure au placebo sur la repousse post‑chimiothérapie.
Les recommandations officielles vont dans le même sens :
Ne pas s’auto‑supplémenter sans avis médical, surtout en cas de cancer hormonodépendant ou de traitements en cours
Soigner l’image corporelle : un impact indirect, mais réel
Les études montrent que la confiance corporelle, la diminution de l’anxiété et le sentiment de sécurité améliorent les conditions neuro‑hormonales de la repousse.
Foulards choisis avec soin, perruques transitoires, coiffures courtes assumées, séances photo, ateliers autour de l’image de soi : tout ce qui apaise le regard porté sur son corps aide aussi, indirectement, la biologie à faire son travail.
Où trouver de l’aide pour la repousse des cheveux après un cancer du sein ?
Socio‑coiffure et soins de l’image
- Renseignez‑vous auprès de votre centre de soins ou de la Ligue contre le cancer de votre département pour connaître les ateliers de socio‑coiffure et de soin de l’image près de chez vous.
- De nombreux hôpitaux et associations proposent des séances gratuites ou à tarif réduit pour apprendre à prendre soin du cuir chevelu, choisir une coupe de transition ou apprivoiser perruques et turbans.
Informations fiables sur la perte et la repousse des cheveux
- Le site cancer.fr détaille les effets des traitements sur les cheveux, les cils, les sourcils et les solutions de prise en charge.
- Des plateformes comme Oncovia et RoseUp proposent des dossiers pratiques sur la chute et la repousse des cheveux après chimio, ainsi que des conseils de soins et de produits adaptés.
Ressources pratiques pour le quotidien
- Certains dispositifs permettent des aides financières pour l’achat de prothèses capillaires, de turbans ou de soins spécifiques, via les mutuelles, la Sécurité sociale ou les comités départementaux de la Ligue contre le cancer.
- Des guides dédiés à l’image de soi pendant et après le cancer donnent des pistes concrètes pour s’habiller, se maquiller, choisir ses accessoires et retrouver un style qui ressemble à la personne que vous êtes aujourd’hui
- Les articles disponibles sur le blog des Amazones Re‑Belles pour continuer à apprivoiser la perte et la repousse des cheveux : Perruque ou Bandeau : Fini la Prise de Tête !, Les 12 accessoires dont vous ne pourrez plus vous passer!
Chez Amazones Re‑Belles, nous savons que la repousse des cheveux après un cancer du sein ne se résume pas à des centimètres sur une règle, mais à une histoire de corps, de regard et de puissance retrouvée.
Nos ateliers corps‑esprit, nos espaces de parole sans langue de bois et nos rendez‑vous autour de l’image de soi – comme nos groupes de soutien et nos programmes pour s’aimer après un cancer du sein – sont là pour que tu n’aies pas à traverser cette étape seule, et pour t’aider à apprivoiser, pas à pas, la femme qui apparaît dans le miroir.
Auteure : Juliette Norel
