Témoignage d’Emmanuelle: « Comment l’aviron a fait taire mes croyances limitantes »

Dans le parcours des traitements contre le cancer du sein, il y a des moments de découragement mais aussi de grands moments de joie. Les croyances limitantes se cristallisent dans ce contexte de peurs et de médicalisation soudainement intense.

Et puis il y a l’après.

Sortie de sa bulle des traitements, le rapport au corps est totalement modifié, dans son quotidien comme dans sa projection de l’avenir. Comment redonner une dynamique normale à ce corps qui vient tout juste de nous « lâcher », d’avouer notre grande faiblesse, notre immense fragilité humaine ?

La pratique du sport post-opération, post-traitements, et donc après les modifications corporelles, revêt une importance cruciale à mes yeux.

Personnellement, le bénéfice de l’activité physique était déjà évident avant le cancer. Sans être pour autant une grande sportive, j’ai toujours pratiqué des sports variés (tennis, natation, squash, yoga, ski). Cette fois, je me retrouvais devant une constatation d’horreur : «Je ne pourrai plus pratiquer le sport, comme j’en ai envie

La force des croyances limitantes

 

Les croyances limitantes sont souvent des convictions ancrées dans notre esprit sans avoir été directement expérimentées. En particulier lorsqu’il s’agit du cancer du sein, ces croyances sont nombreuses et extrêmement tenaces.

Il est vrai que dans mon cas, la mémoire vive du parcours de ma mère avait fortement contribué à ma peur de ne plus pouvoir pratiquer de sport.

Pourquoi ?

Non qu’elle fût sportive, mais je revoyais constamment ce « gros bras », presque dur comme du bois, apparu à sa énième récidive de cancer du sein. Malade pendant 15 ans avec de multiples rechutes et décédée peu avant que je déclare ma « propre » maladie, ma mère avait développé un lymphœdème.

Suite à mon opération, on m’avait bien dit que je ne pourrais plus porter de choses lourdes. Bref, inutile de « forcer » avec mon bras. Pourtant, je suis de cette nature volontaire et engagée et de constitution grande et forte. Quel dilemme !

Les premiers mois de drainage lymphatique ont lentement commencé à faire taire mon stress. Mais je demeurais tellement angoissée ! Opérée en plein été, je redoutais même les piqûres de moustique. Avec un enfant en bas âge, j’avais presque peur de le porter ou de ses mouvements brusques. Bref, j’avais développé la phobie du lymphœdème !

Une remarque de mon excellent docteur chirurgien-gynécologue m’a finalement rassuré. « Mais bien sûr que si tu vas pouvoir refaire du sport. Oui, n’importe lequel, aucune restriction ! Tu ne crois pas qu’à 36 ans, c’est fini, non ? »

On ne croit que ce qu’on fait

Alors, me voici repartie pour du « vrai » sport – autre que la marche – une fois le PAC retiré (soit 2 ans après le début des hostilités) et l’immunité revenue à la normale.

Concernant la natation, j’enrage de ne plus pouvoir porter de lentilles (merci la chimio pour les yeux secs et les infections à répétition). Mais, je trouve une parade abordable, conseillée par mon opticien : des lunettes de piscine à ma vue. Pour 50€, je peux enfin retourner dans les bassins en toute sérénité.

Je décide également de m’essayer au Pilates. Cette activité, recommandée pour son dynamisme supérieur au yoga, devient rapidement un coup de cœur. J’y trouve un bien-être indéniable.

Bien sûr, je prends des précautions avec mon bras, consciente qu’il n’est plus tout à fait le même après l’évidation ganglionnaire. Perte de sensations, fourmillements, je le ménage.

Une année passe, je suis tentée par des cours de tennis pour un effet cardio plus intense. Couplé au Pilates, ça me semble équilibré.

Cependant, la combinaison des deux activités s’avère trop exigeante. Une douleur lancinante s’installe. Après des mois de difficultés, le diagnostic tombe : capsulite. Mon bras peine à s’écarter de mon flanc.

Une nouvelle année de kiné s’amorce, dans un genre particulièrement douloureux !

J’arrête donc le tennis, sans doute trop violent, et reprends le Pilates.

Soudain, l’autre bras décide de manifester sa jalousie. Nouveau diagnostic : capsulite.

Un aparté sur la capsulite : mon kinésithérapeute m’a récemment informée que la radiothérapie peut favoriser cette pathologie. Cependant, si elle est diagnostiquée tôt, des traitements très efficaces sont disponibles aujourd’hui pour stopper la progression de la douleur. À bon entendeur…

La déception, une nouvelle fois

« Pourquoi ne fais-tu pas de Pilates ? » m’interrogent fréquemment mes connaissances.

Eh bien, je pense avoir cessé d’expliquer pourquoi le Pilates n’était plus une option pour moi. Après trois ans de pratique (car j’adore le Pilates), deux capsulites, une infiltration et deux ans de kinésithérapie, j’avoue avoir finalement jeté l’éponge !

Idem pour les sports de raquette (pratiqués de manière régulière et intense).

Force est de constater que les sports dont j’avais envie, où mes bras étaient fortement sollicités avec un mouvement dépassant la hauteur d’épaules, n’étaient plus adaptés pour moi.  Donc acte.

Connaître ses limites, apprivoiser son nouveau corps

Attention, je ne vous raconte ici que ma propre expérience.

Loin de moi l’idée de vous dire que le Pilates n’est pas approprié en post-traitement du cancer du sein.

Je vous encourage simplement à expérimenter, à découvrir par vous-même, sur la durée, les activités qui vous procurent du plaisir.

Car devinez quoi ? J’ai trouvé la mienne !

Depuis 4 ans, je pratique l’aviron.

Beau challenge de prime abord ! En effet, c’est un sport où les bras sont fortement sollicités. D’ailleurs, tout autant que 80% du reste du corps.

Mais la pratique est tellement équilibrée, les épaules basses et le mouvement coordonné gauche / droite lorsqu’on rame en couple (avec deux pelles). Aucune douleur spécifique ne s’est manifestée. Certes, je penche un peu du côté opéré quand je suis fatiguée 😅. Mais j’espère que mes coéquipiers loisirs me pardonnent ! Je peux même faire des randonnées de plus de 30km, des courses… C’est magique.

Et j’ai aussi découvert depuis qu’un club proche du mien propose de l’aviron rose (voir l’avirose), pour les femmes ayant subi des traitements contre le cancer du sein. Elle est pas belle la vie ?

Bien sûr, je continue la marche rapide, la randonnée, le vélo, le yoga, la natation et le ski. Cependant, c’est l’aviron qui me procure le plus de fierté.

Avec ce sport que je pratique 2 fois par semaine, ça été pour moi le plaisir de surmonter mes croyances limitantes et mes peurs. De m’éprouver dans ce corps qui a changé mais qui permet beaucoup, avec de la patience et un peu d’adaptation !

Libérez-vous de vos croyances limitantes, faites du sport !

Je vous souhaite de trouver votre activité, votre sport, pour vous évader, vous faire du bien et vous épanouir. De plus en plus, des sports sont adaptés, alors prenez conseil ! L’activité physique demeure presque incontournable pour une bonne santé, que vous soyez une amazone ou non !

Et n’hésitez pas à nous faire part de vos bons plans sportifs qui peuvent profiter à nos lecteurs et lectrices.

Sportivement vôtre.

Emmanuelle